REPONSES A DES QUESTIONS...

LA RECONCILIATION
 

SOMMAIRE :

  1. Qu'est-ce que ce sacrement ?
  2. Qui peut recevoir ce sacrement ?
  3. Y a-t-il des conditions pour recevoir ce sacrement ?
  4. Pourquoi a-t-on besoin de se réconcilier ?
  5. Pourquoi faut-il se confesser à un prêtre ?
  6. Pourquoi est-il si difficile de se confesser ?
  7. Quel est le fruit du sacrement ?
  8. Qu'est-ce que le péché ?
  9. Pourquoi se confesser si on recommence après à commettre les mêmes péchés ?
  10. Qu'est-ce que la pénitence ?
  11. Puis-je pardonner ?
  12. Est-il évangélique de parler de loi morale ?


Les informations qui vous sont communiquées, le sont sous la forme de réponses à des questions fréquentes. La plupart du temps, elles sont brèves et peuvent susciter de nouvelles interrogations. Posez-les, en nous adressant  un message.

1/ Qu'est-ce que ce sacrement ?

On le connaît plus souvent sous le nom de "confession" : la confession correspond à une des parties du déroulement du sacrement de la réconciliation et de la pénitence, celle où le baptisé confesse ses péchés.

Son origine est ancienne et sa forme a varié selon les époques.

Il est un prolongement du baptême et un exercice du pouvoir reçu par l'Eglise de pardonner les péchés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Le baptême enlève les péchés de celui qui est baptisé et ouvre une vie nouvelle où le baptisé n'est plus sous l'emprise du péché. Mais il se trouve que, même après leur baptême, les baptisés peuvent pourtant commettre le péché : renoncer à la foi, en période de persécution, mais aussi commettre l'adultère, ou voler, ou tuer. Bref, autant d'actes qui blessent l'Eglise et atteignent la dignité du baptisé. La réconciliation dans les premiers temps était publique et la réintégration dans la communauté s'opérait avant Pâques. Elle a pris une forme plus individuelle. Elle a même donné lieu à des tarifications (tel péché, telle peine de réparation) qui ont conduit à des peines de substitution (comme le pèlerinage qui permettait d'apurer la peine donnée, car elle pouvait être lourde) et aussi à la pratique de l'indulgence. La mise en œuvre du sacrement a constitué aussi un régulateur social important.

Aujourd'hui, ce sacrement est un acte par lequel le baptisé vient recevoir de Dieu et de l'Eglise le pardon qui, seul, peut le réintégrer dans la plénitude de la vie baptismale. Il est une expression de la miséricorde qui relève celui qui est tombé ou qui s'est éloigné. La miséricorde accompagne la totalité de la vie chrétienne : en avançant dans la vie de disciple du Christ et sans commette de péchés graves, on découvre cependant que l'on n'est pas toujours fidèle ou que l'on rate la cible. Le sacrement est alors un don pour soutenir la croissance spirituelle de la liberté dans sa vie quotidienne, il aide à garder le cœur en éveil et à vivre selon la grâce et non selon ses propres forces.


2/ Qui peut recevoir ce sacrement ?

Tout baptisé dont la conscience morale est formée, c'est-à-dire qui est devenu capable de reconnaître qu'il est le sujet de ses actes, qui se laisse instruire par la Parole de Dieu pour la mettre en pratique, et qui identifie le bien et le mal en distinguant l'important du moins important. C'est ce que l'on nomme l'âge de raison.


3/ Y a-t-il des conditions pour recevoir ce sacrement ?

Comme ce sacrement soutient le mouvement spirituel de conversion et qu'il porte sur des péchés passés, sa réception suppose que le baptisé ne demeure pas dans une situation objective de péché.


4/ Pourquoi a-t-on besoin de se réconcilier ?

Tout simplement pour vivre en paix et dans la reconnaissance mutuelle. Profondément, la réconciliation vise au rétablissement d'une communion malmenée : avec un conjoint, un parent, un frère ou une sœur, un ami, une relation. Avec soi-même aussi, paradoxalement, car nous sommes toujours en procès avec nous-mêmes à propos de nos imperfections, de nos échecs, de notre péché : la réconciliation vise à opérer l'unité intérieure, fruit de l'action de Dieu en nous-mêmes pour unifier notre désir spirituel.

Mais la réconciliation qui commande toutes les autres est celle qui est probablement la moins évidente : la réconciliation avec Dieu, parce que nous nous en détachons constamment. Et le paradoxe, c'est que cette réconciliation, qui appelle de notre part une démarche libre, n'a pas sa source en nous-mêmes mais en Dieu. Saint Paul exhorte les chrétiens en disant : "Laissez-vous réconcilier avec Dieu". La formule est riche : laissez-vous, car vous n'osez pas ou vous résistez à l'avance du Père portée par les apôtres, car c'est lui qui met en vous ce mouvement de retour vers lui pour votre vie et votre joie.

Le mépris de Dieu engendre le mépris de l'être humain : la vie l'atteste sans cesse, et l'un nourrit l'autre jusqu'à l'aveuglement. Mais l'on n'a jamais vu quelqu'un qui respecte Dieu en vérité, mépriser son frère ou sa sœur. Le point de jonction affleure dans les deux commandements repris par Jésus en un double commandement dont chaque partie, distincte de l'autre, lui est indissolublement liée : Ecoute Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de toute ta force, et ton prochain comme toi-même.


5/ Pourquoi faut-il se confesser à un prêtre ?

C'est une bonne question ! Et il n'est pas rare d'entendre dire, en effet : je me confesse directement à Dieu. Sur ce dernier point, chaque baptisé, lorsqu'il se tient en prière, peut utilement pendre un temps où il reconnaît devant Dieu qu'il a péché et qu'il le regrette. D'autre part, vous observerez aussi que chaque célébration de la messe commence par un acte où ceux qui sont présents reconnaissent qu'ils sont pécheurs. De même, avant la communion, chacun proclame, le prêtre compris : "Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri". Les baptisés ont normalement une conscience commune et personnelle d'être pécheurs : le fait d'être chrétien n'implique pas que nous n'appartenions plus à l'humanité ou que nous ne soyons plus pécheurs. "Je suis venu appeler les pécheurs", précisément, affirme le Christ, et l'Eglise est la communion des pécheurs pardonnés et appelés dès à présent à vivre selon la loi nouvelle, celle des fils et des filles adoptifs du Père.

Mais, assez communément, l'on pense que le péché, et la confession par conséquent, est une affaire entre l'individu et Dieu : le mal que j'ai fait me concerne et c'est moi qui dois directement me réconcilier avec Dieu et prendre sur moi pour demander pardon à celui que j'ai pu blesser ou léser (à supposer même que j'aille effectivement jusque là). C'est une vision un peu courte en réalité. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'elle ne prend pas en compte une dimension constitutive de l'être humain et, à plus forte raison, du baptisé : le lien de nature qui unit chaque personne à toutes les autres.

Lorsque j'accomplis le bien envers quelqu'un, par exemple une parole d'encouragement, je sais bien sûr que le bénéficiaire en tirera aide pour vivre mieux son existence humaine. Ce que j'ignore, qui est invisible et qu'il est bon aussi de ne pas percevoir, ce sont les prolongements de cet acte bon : l'autre, ainsi réconforté, en réconfortera peut-être un autre ou trouvera les ressources nécessaires pour bien tenir sa place en telle ou telle situation. Vous pouvez identifier certains liens personnels, qui constituent une chaîne de solidarité mais qui en croisent d'autres : ils manifestent une unité plus profonde, celle du genre humain lui-même. Plus quelqu'un est humain, c'est-à-dire plus il accomplit le bien, plus il contribue à la croissance de l'humanité. La lumière donnée par la foi chrétienne met davantage en évidence cette réalité, du fait du baptême et de la communion qu'il institue.

Mais, à l'inverse, le mal commis, délibérément bien sûr mais aussi involontairement, détruit cette unité, même si nous ne le percevons pas nécessairement. Et il n'est pas en notre pouvoir de restaurer cette unité, quand bien même nous le voudrions après avoir pris conscience de cette destruction.

Le fait de se confesser à un prêtre indique que la réconciliation avec le Père contient une réconciliation avec les frères et sœurs, et d'abord avec l'Eglise, et que seule la grâce du pardon peut opérer une telle restauration. Le prêtre agit au nom du Père, du Fils et de l'Esprit mais aussi au nom de l'Eglise, parce qu'il en a la faculté du fait de son ordination sacerdotale.


6/ Pourquoi est-il si difficile de se confesser ?

Le sacrement de la réconciliation et de la pénitence repose sur une compréhension et du mystère de Dieu et du mystère de l'homme. Ainsi, il fait entrer dans une démarche de vérité : personne n'aime reconnaître ses déficiences et la part d'ombre de son être. Reconnaître son péché, et l'avouer simplement, sans chercher des excuses ou des justifications, qui peuvent exister, c'est reconnaître ce que l'on est et ce que l'on a fait.

Mais, cet acte représente aussi un premier pas vers une libération de notre liberté intérieure : nous ne sommes plus enfermés en nous-mêmes, avec le remords ou le sentiment de culpabilité, qui fait que l'être humain se reproche ses manquements, en minimise ou en exagère la gravité, qu'il tourne en lui-même. Dans les actes que nous posons, parfois sans même y penser, nous engageons notre responsabilité. Nous n'échappons pas à cette réalité humaine : la foi chrétienne jette une lumière vive pour dégager la route.

Pourquoi ne pas avoir recours au psychothérapeute, alors ? Il peut être utile, mais son champ d'attention ne saisit pas forcément la dimension spirituelle de la personne, et ce n'est du reste pas toujours indispensable au travail qu'il aide le patient à faire. Connaissant certains mécanismes psychologiques et doué d'empathie, il peut faciliter la reprise de la capacité de se situer et d'agir. Mais il n'a pas de pardon à donner, tout au plus peut-il suggérer à quelqu'un qu'il y aurait probablement un pardon à accorder ou à recevoir pour reprendre pleine liberté. Et il doit malgré tout être suffisamment averti pour aider la personne à ne pas s'enfermer en elle ou en son histoire, si douloureuse qu'elle puisse être.

Un autre aspect qui rend difficile la confession, c'est que le prêtre se trouve être celui qui rappelle la loi de vie et qui accorde le pardon à celui qui l'enfreint et s'en repent. Mais, c'est une vue trop imprécise, car le prêtre n'est pas celui qui édicte la loi : tout comme le baptisé, il la reçoit de Dieu lui-même. Mais il est vrai que la charge symbolique, comme on dit en psychologie, est très forte : le prêtre apparaît comme celui qui juge, au sens de celui qui condamne. Et comme la honte accompagne le péché, la démarche est humainement difficile à entreprendre.

Pour résumer la situation : le baptisé n'est jamais seul face à la loi, parce que celle-ci lui est donnée par Dieu pour qu'il aille à Dieu. C'est souvent ce lien vital qui est oublié dans la pratique. Cet oubli entraîne un accroissement du sentiment de culpabilité, parce que le rapport à la loi, fondateur de toute liberté humaine, est ici absolutisé du fait que la loi est donnée par Dieu mais qu'on laisse de côté celui qui la donne : tout est alors possible, y compris le découragement et le rejet de la loi.

Il est probable qu'une certaine manière de comprendre le rapport de l'homme à la loi divine dans les siècles précédents a contribué à faire peser sur les épaules des baptisés un poids peu supportable. De ce fait, la perception du mystère de Dieu a été obscurcie et la confession progressivement abandonnée. Mais, du coup, comme par un mouvement de balancier, on a jeté le bébé avec l'eau du bain. Le phrase à la mode dans le domaine qui nous occupe, c'est : "Ne culpabilise pas". Seulement, le problème, c'est qu'on répond ainsi à un sentiment de culpabilité excessif, non à la véritable question de la responsabilité morale de chacun.

A ce rythme, si la personne n'apprend pas à reconnaître avec justesse sa part de responsabilité, elle ne pourra pas assumer sa culpabilité morale que l'on confond souvent avec l'affectivité (si je reconnais que j'ai mal fait, je vais être rejeté et je suis perdu). Mais aussi, il lui sera difficile d'être un jour vraiment libre, c'est-à-dire capable de poser des actes bons propres à la faire grandir en humanité et à contribuer à la croissance de l'humanité tout entière.

L'exacerbation du sentiment de culpabilité représente une maladie du sens moral de l'être humain, et il est donc nécessaire de la traiter. Mais il s'agit d'une maladie, qui atteint donc un organe vital, qui pourrait être le sens de la culpabilité corollaire de celui de la responsabilité caractéristique de la liberté humaine. Ce sens de la culpabilité va de pair avec le sens de l'autre, mais l'un comme l'autre doivent être éduqués. Ils sont les garants de la justice humaine. De la même manière, le sens du péché va de pair avec le sens de Dieu. Et l'un comme l'autre doivent être éduqués aussi.

Nous parlons, au fond, de santé morale et de santé spirituelle.

7/ Quel est le fruit du sacrement ?

Le renouvellement de la grâce baptismale, l'affermissement de notre consentement à la volonté bonne du Père, la croissance de notre personne dans la foi, l'espérance et la charité.


8/ Qu'est-ce que le péché ?

Nombreux sont ceux qui trouvent qu'on parle beaucoup de péché dans la religion chrétienne. D'autres estiment qu'on n'en parle pas assez. Tout cela, apparemment contradictoire, n'est pas inexact ! Une fois encore, il semble que l'on oscille entre deux extrêmes au lieu de tenir ensemble deux réalités indissociables.

Et d'abord : le péché n'est pas ce qui apparaît d'abord à la conscience de l'homme. Il l'ignore tant que quelqu'un ne le lui a pas révélé. Eh oui ! Notez bien que c'est la même chose pour la faute morale : tant que personne ne m'a indiqué que tel acte est mauvais, je le ferai innocemment, sans savoir que je peux en pâtir.

Qui donc m'indique que tel acte est mauvais alors que je le suppose spontanément "bon" pour moi ou désirable ? Ce sont les parents qui éduquent ainsi l'enfant ignorant, mais en danger de se blesser ou de blesser autrui, physiquement ou moralement. L'enfant qui n'est pas éduqué sera désarmé face à l'existence : supposez que vous le laissiez faire ce qu'il veut, dans le jaillissement spontané de sa jeune et si belle existence, supposez que vous lui laissiez entendre que tout le monde est gentil et qu'il faut s'aimer les uns les autres et que ce n'est pas bien d'avoir peur, et imaginez comment il va se débrouiller lorsqu'il quittera le cocon familial. Détresse, incertitude, révolte ou violence ne manqueront pas d'habiter le cœur de cet enfant ignorant de la vie et de ses dangers. Cela nous le percevons assez bien, même si nous avons parfois des compte à régler avec l'éducation reçue et ceux qui nous ont éduqués.

Mais ce que nous découvrons, c'est que Dieu lui même agit ainsi avec l'homme. C'est en donnant sa loi de vie aux fils d'Israël que Dieu leur indique le chemin de leur liberté. En même temps, ils doivent apprendre en quoi consiste cette liberté et, pour cela, accorder leur pleine confiance à la parole de Dieu lui-même, au-delà de ce qu'ils peuvent sentir ou comprendre. Car leur liberté tient à Dieu lui-même qui les faits tels. Nous savons peut-être les péripéties des Hébreux, ce peuple "à la nuque raide" que Moïse et les Prophètes ont bien du mal à maintenir fidèle au Dieu unique et à sa Parole : je t'indique aujourd'hui le chemin qui conduit à la vie et celui qui conduit à la mort, choisis la vie.

Le péché, manifesté par Dieu, est tout acte qui représente un refus de vivre selon la Parole divine, et il est synonyme de mort parce qu'il est refus de la vie donnée par Dieu. Un épisode éclairant est donné par l'histoire de David et la femme de Urie le Hittite (voir 2ème livre de Samuel 11, 1 - 12, 15 et le psaume 50 (51)) : tant que le prophète ne sera pas venu ouvrir les yeux de David en lui racontant une petite parabole, claire comme de l'eau de source, celui-ci s'enfermera dans une succession d'actes qui aboutiront au meurtre. La convoitise du départ entraîne David à perdre le sens et à pécher contre Dieu lui-même en faisant ce qui est mal à ses yeux (il prend la femme et tue le mari). Pour désagréable qu'elle est, la parole de Nathan libère David des liens mortifères du péché.

La révélation du péché est proprement la première manifestation de la miséricorde, et accepter de pouvoir nommer son péché représente la première étape da la libération de la personne. Et, à dire vrai, ce n'est pas du tout comme cela que nous éprouvons les choses : apparaissent en nous, comme une peur de nous reconnaître pécheur et comme une sourde détermination à persévérer dans ce qui nous éloigne de Dieu et du coup nous fait du mal. Et pourtant, Dieu agit à la manière de parents qui indiquent à un enfant que mettre ses doigts dans une prise de courant est mortel ou que jouer avec le feu est très dangereux. Et dans ces circonstances, le réflexe des parents n'est pas de dire benoîtement : il faut bien qu'il fasse son expérience, car il est des actes dont les conséquences ne laissent pas la place à une deuxième chance.

Notre difficulté pourrait bien tenir à ce que le péché désigne une réalité invisible en sa nature profonde : autant nous pouvons percevoir que nous lésons quelqu'un de proche, autant nous avons du mal à saisir que nous puissions offenser Dieu puisque nous ne le voyons pas, puisque, peut-être finalement, il est pour nous une idée ou un principe abstrait seulement commode pour asseoir l'autorité de la loi morale. Et c'est bien ainsi qu'il a fini parfois par être compris, comme un utile soutien de la cohésion sociale : une manière de comprendre le catholicisme a été dans ce sens, l'effet social devenant l'unique raison d'être de la religion.

Mais il semble qu'il y ait aussi une autre explication à ce refus de se reconnaître pécheur. Elle tient à la forme même de l'éducation, et nous ne pouvons en faire l'économie. L'apprentissage de la loi morale, comme l'apprentissage de la loi divine, s'opère humainement. L'affectivité y est grande et parfois blessée : la personnalité et la manière de faire des parents , le tempérament de l'enfant, les convenances sociales. La peur de déplaire ou d'être abandonné, l'arbitraire ou la dureté, le chantage affectif ou la défiance, l'absence de miséricorde aussi : autant de réalités, fruits du péché déjà à l'œuvre, qui viennent souvent obscurcir la croissance de la liberté.. L'égoïsme ou le narcissisme, naturels ou originels, imposent parfois des paroles ou des mesures vigoureuses pour en libérer la personne : et l'on sait que les blessures d'amour propre, aux causes parfois minimes, sont celles qui s'infectent le plus.

Bref, il faut bien la grâce divine pour libérer ainsi l'homme de ce qui l'entrave dans sa marche vers Dieu.


9/ Pourquoi se confesser si on recommence après à commettre les mêmes péchés ?

C'est vrai, après tout, et n'est-ce pas un peu facile de venir se confesser de temps en temps pour repartir après comme s'il n'y avait rien eu avant ? Pour la deuxième remarque : si c'est si facile, pourquoi hésiter ?

Plus sérieusement. Quand on reçoit le sacrement de la réconciliation et de la pénitence, on s'aperçoit vite, en effet, que nos faiblesses varient très peu. Dans une certaine mesure, on considère alors que le sacrement ne sert pas à grand chose, puisque l'on ne s'améliore pas.

Je formule ici l'hypothèse que le sacrement n'a pas pour objectif premier de nous permettre d'être meilleur, de nous améliorer, de nous donner le petit plus qui nous aiderait à nous apprécier favorablement. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est tourner sur soi-même et non pas se retourner vers Dieu. Or, le sacrement vise à nous affermir dans notre marche vers lui et non pas à sculpter notre statue sans faille, ni défaut ni imperfections.

Le propre du péché réside dans le mouvement de la créature qui se tourne vers elle, qui se fait centre, qui s'abîme en elle et ne trouve toujours qu'elle-même. L'attitude que suppose, favorise et développe le sacrement de réconciliation est l'attitude inverse. La créature ne peut que gagner à reconnaître qui elle est, sinon elle s'épuise. Avoir recours au sacrement de la réconciliation et de la pénitence, c'est éduquer en soi-même la juste attitude spirituelle à s'en remettre au Père avec toujours plus de foi et d'abandon, c'est consentir à vivre de la vie même du Père, comme un fils ou une fille adoptif.

Il est certain que l'amour propre est éprouvé lorsque la personne découvre qu'elle n'est pas parfaite, et même qu'elle paraît faire du sur place : l'humilité grandit ainsi, par beaucoup d'humiliations a-t-on dit. Les péchés, qui ne sont pas nécessairement de grands péchés, deviennent autant d'occasion de se retourner vers le Père, d'affermir la volonté dans sa détermination à aimer comme le Fils unique a aimé et aime, d'accueillir les dons de l'Esprit Saint.

La connaissance que l'on reçoit ainsi est un don de Dieu, et doit être reçue comme telle, sinon elle devient une arme entre les mains de la personne qui se juge alors et se condamne. Reçue comme telle, elle indique l'espace où s'inscrivent la réponse personnelle à l'amour divin, le chemin de croissance dans la vie trinitaire, l'élan assuré de l'activité quotidienne du baptisé.

Mais il faudrait aussi que l'action de grâce précède et suive la confession des péchés, car le péché n'est jamais premier. Ce qui est premier, c'est le don de l'existence et de la liberté, c'est, au fond, le fait d'être créé, d'être attiré par le Père vers le Fils et conduit par le Fils vers le Père dans l'Esprit Saint.

10/ Qu'est-ce que la pénitence ?

Nous avons parfois de curieuses pensées : être en pénitence ou faire pénitence sont deux expressions qui rappellent de mauvais souvenirs ou qui heurtent notre idée moderne de l'existence. Du coup, le mot pénitence accolé à celui de réconciliation semble incongru ou contradictoire.

Faire pénitence constitue en réalité une grâce !

C'est la manière par laquelle je vais porter, librement et pour une part forcément modeste, quelque chose de la peine ou du désagrément entraîné par mon péché, et coopérer à l'œuvre de restauration acquise par le Christ en sa passion. La pénitence que donne le prêtre est sans commune mesure avec le péché commis et remis (la plupart du temps, elle consiste en une prière ou un acte de charité concret) : c'est que, dans la foi, je sais et reconnais que de toute façon je ne peux pas réparer ce que j'ai brisé, que c'est le Christ qui opère la réconciliation, que c'est la puissance du Père qui opère la communion, que c'est l'Esprit Saint qui transfigure ce qui a été défiguré.

La pénitence habite aussi la vie chrétienne habituelle, pour autant qu'on la comprenne bien comme une manière libre de s'unir à l'action divine. Le don de la vie chrétienne ne nous est pas venu sans la passion et la mort du Christ, et le baptême nous unit à sa puissance rédemptrice. On n'est pas obligé de s'infliger des pénitences à n'en plus finir et avec une ingéniosité maladive, comme si le sacrifice du Christ n'était pas efficace, mais on peut choisir de s'unir à lui au cœur de ce que l'existence nous réserve comme contrariétés, humiliations, déceptions.


11/ Puis-je pardonner ?

La vie courante manifeste que le pardon, tout comme la confiance, constitue une réalité vitale : l'existence serait vite invivable si chacun comptabilisait toutes les offenses subies et les faisait payer jusqu'au dernier centime. Personne n'échapperait à la vindicte de ses semblables. La mesquinerie existe et elle pollue les relations, mais, inexplicablement, elle n'a pas le dernier mot, pas plus que la violence.

Cela rappelé, il est des situations où le pardon requiert plus de détermination et d'énergie spirituelles parce que l'offense est grave et ses effets lourds, et parfois durables. Il n'est pas rare, dans ces cas, que l'impossibilité de pardonner engendre une sorte de culpabilité qui vient ajouter au poids déjà conséquent des effets du mal subi. Le Notre Père devient difficile à prier : Pardonne-nous comme nous pardonnons.

Je crois qu'il est précieux de distinguer ici entre le refus de pardonner, qui engage la volonté déterminée de la personne, et l'impossibilité actuelle de pardonner. Car dans ce second cas, l'impossibilité naît du désir ou de la volonté de pardonner, parce que le Christ indique cette voie et que l'on perçoit bien que seul cet acte, au-dessus des forces humaines, restaurerait la personne blessée dans son intégrité morale et lui rendrait la paix et le goût de l'existence. Et l'on touche comme du doigt la profondeur des dégâts que peut causer l'être humain à son semblable.

Une telle impossibilité, douloureuse, conduit à découvrir en même temps la nécessité de demander à Dieu la force de pouvoir pardonner, le moment venu, à découvrir que seule sa puissance communiquée peut traverser le mal et ses conséquences pour ouvrir un chemin de réconciliation. Cette prière, humble, désarme la violence intérieure, et permet d'accepter de guérir lentement en se laissant guider par le Christ et l'Eglise.

On pourrait aussi évoquer la question dans l'autre sens : Puis-je être pardonné ? Car, parfois, le sentiment de honte est tel, et la suffocation intérieure si oppressante, que l'on n'ose pas penser un seul instant être reconnu comme à nouveau par-delà le mal commis. Accepter d'être pardonné, c'est reconnaître le tort fait et se livrer à la merci de celui que l'on a ainsi défiguré.

On peut pressentir ce que peut signifier le pardon demandé à Dieu, qui suppose d'accueillir déjà la révélation de notre inconstance, de notre désinvolture, de notre mépris. C'est pourquoi il n'est pas déplacé de demander à Dieu la grâce de pouvoir nous reconnaître pécheur, dans la lumière de sa parole de miséricorde : Cet homme, c'est toi ! Car, comme le déclarait une jeune femme qui percevait bien la place du pardon dans la vie conjugale, pour le comprendre dans la relation avec Dieu, cela suppose que Dieu soit "quelqu'un" et pas une idée.


12/ Est-il évangélique de parler de loi morale?

Oui, à certaines conditions dont la principale est de ne pas absolutiser la loi et de la lier exactement à la liberté : loi pour la liberté, qui devient loi de la liberté. Le Christ l'incarne en sa personne, et elle se décline toujours en forme de commandements. Certes, la formulation négative de ses préceptes ne dit pas le dernier mot sur l'agir humain, mais elle précise au moins les limites en-deçà desquelles l'agir n'est plus digne de l'homme et de sa destinée. Elle constitue un précieux indicateur en situation de crise, lorsque la nuit et le brouillard brident l'élan de la liberté.

C'est sur ce fond que surgit l'appel évangélique, qui conduit au centre de ce que la loi protège contre les assauts de la convoitise : l'amour du prochain à cause de son Créateur. On le perçoit dans le passage de la règle première à la fameuse règle d'or : du "ce que tu ne veux pas que ton prochain te fasse, ne le lui fais pas" au "ce que tu veux que ton prochain fasse pour toi, fais-le pour lui".

Et j'oserais même dire que la loi est vitale pour que l'être humain devienne ce qu'il est : son respect permet d'échapper au chantage affectif de l'autre ou sur l'autre, qui caractérise trop les relations humaines aujourd'hui, au mépris de toute justice élémentaire. La fragilité psychologique des individus tient en partie à cette éclipse de la loi morale, rejetée au nom d'un ordre moral supposé tyrannique. L'objectivité qu'elle pose guide la construction de la conscience personnelle libre et de sa capacité à agir en vue d'une fin qui s'inscrit dans la perspective du bien commun.

Elle permet aussi de comprendre et d'assumer l'existence humaine, caractérisée par un combat à mener pour le bien et la vérité.