4 décembre 2016 - 2ème dimanche de l’Avent

LIBERTÉ DE PENSER

   Récemment la douloureuse question de l’avortement est revenue dans le débat public. Elle est la mauvaise conscience de notre société car elle synthétise beaucoup de paradoxes de notre mentalité contemporaine. L’argument premier en faveur d’une loi sur l’IVG est celui de la liberté. Une femme devrait pouvoir être libre de ces choix et l’usage de son corps. D’ailleurs les mots « interruption volontaire de grossesse » souhaitent insister sur la liberté : il s’agit d’un acte volontaire concernant la grossesse - c’est à dire le point de vue de la mère libre et non de l’enfant qui subit - enfin le mot « interruption » atténue le caractère définitif de l’acte.

   L’esprit de la loi sur l’IVG est de donner une liberté aux femmes, or, aujourd’hui la liberté de penser cette question se rétrécit. D’une part, le délai de réflexion d’une semaine nécessaire a été supprimé dans la loi de « modernisation » du système de santé en janvier dernier. Ensuite, la proposition de loi relative au délit d’entrave, discutée en ce moment, vise à faire taire un certain nombre de sites internet qui exposent les alternatives possibles et les conséquences d’un IVG. Selon le cardinal Vingt-Trois « en ayant supprimé le temps de réflexion qui était prévu par la loi originelle, on a déjà fait sauter un verrou de prise de conscience. Si on arrive à interdire de s’exprimer sur les conséquences de l’avortement, on entrera complètement dans la police des idées et dans la dictature d’une vision totalitaire sur l’avortement. » (sur Radio ND le 30 septembre 2016).

   Tout le monde sait qu’il s’agit d’un acte grave, mais les prêtres sont bien placés pour savoir que le souvenir de l’avortement peut peser sur une vie pendant des dizaines d’années. Tous nous imaginons les conséquences difficiles de l’accueil d’un enfant non désiré, mais il semble que l’ampleur de celles d’un avortement soit parfois sous-estimée. Une décision parfois hâtive ou à un très jeune âge, souvent sous contraintes, donc un acte très peu libre (et donc peu pécheur) peut pourtant assécher la joie d’une vie entière. Un article collectif paru dans Libération en mars 2012 - journal que l’on ne peut soupçonner de bigoterie excessive - était fort justement intitulé « la meilleure IVG est celle qu’on peut éviter ». Et voilà bien une chose que l’on peut souhaiter : que de nombreux avortements soient évités.

  Cette question continue, quarante ans après la loi Veil, de déranger car l’être humain et en particulier les mères ne seront jamais à l’aise avec l’idée d’un authentique progrès de l’humanité dans l’avortement. Longtemps encore notre société portera ce douloureux fardeaux, mais l’atmosphère change peu à peu, les langues se délient et les paradoxes de la liberté moderne apparaissent mieux. Il nous revient comme chrétien de porter ce poids avec courage, avec grande confiance dans la miséricorde divine et avec une ferme et joyeuse espérance.

Père Etienne Masquelier

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